Les Armes de Bruxelles remettent le feu à l’Îlot Sacré !

Cela fera un siècle dans un peu plus de deux ans, que les Armes de Bruxelles représentent le meilleur des grandes brasseries bruxelloises de luxe. Comme tous les amoureux de cette maison de légende créée par la famille Veulemans, nous allons nous empresser d’oublier les quelques années passées entre les mains d’une fratrie qui a réussi à mettre en faillite douze des plus prestigieuses tables de la capitale, pour nous concentrer sur le bonheur de voir les portes à nouveau ouvertes aux amateurs de gastronomie bruxelloise et de plats dits de brasserie, mais de qualité. C’est Rudy Vanlancker, à la tête de la famille qui possède et dirige depuis 125 ans la célèbre maison Chez Léon 1893 (située juste en face d’ailleurs), qui a repris les Armes… et il y a mis du cœur ! Soutenu dès la présentation de son projet par les syndicats (c’est du jamais vu) des travaux titanesques ont été entrepris, pour rendre tout son lustre à cette légende de l’Îlot Sacré. C’est fort simple : tout a été refait de la cuisine aux toilettes ! Vous ne risquez pas de constater de grands changements par rapport à la belle époque, puisque tout a été reproduit à l’identique : peintures, escaliers, boiseries, marbres… tout, je vous dis. Nous vous avions fait visiter le chantier cet été en exclusivité, puis vous avions fait partager la grande soirée de la réouverture officielle le 11 octobre. Cette fois, nous vous emmenons à table et allons tenter de vous faire partager tout notre plaisir. Enfin, plus exactement tous nos plaisirs car ici il faut regarder, écouter, savourer et profiter d’un voyage dans le temps. Un vrai bonheur…

Vestes blanches, argenterie, boiseries… un saut dans la Belle Époque.

Dès qu’on entre aux Armes de Bruxelles, on a l’impression de faire un vrai voyage dans le passé, à une agréable époque que nous n’avons pas connue, mais dont nous pouvons presque percevoir les échos en écoutant les murs et la salle nous murmurer leur histoire au creux de l’oreille. On imagine les élégantes calèches dans les petites rues étroites de l’Îlot Sacré, les sabots des chevaux sur le pavé millénaire, les cornes des rarissimes automobiles, les dames en crinoline et les messieurs en Gibus… Ils viennent dîner avant d’aller à l’opéra de la Monnaie ou sont déjà touristes dans la ville et ont découvert la Grand-Place en venant, identique à ce qu’elle est toujours aujourd’hui, c’est-à-dire splendide. On peut presque sentir les volutes de cigare des messieurs et le parfum capiteux des élégantes… Un siècle, ce n’est pas grand-chose et c’est beaucoup à la fois. Eh bien en poussant en 2018 le vénérable tourniquet de l’entrée, on a réellement la sensation de retourner y faire un tour, tout en élégance et en confort… Les verres sont gravés au sigle de la maison, les nappes et les serviettes sont épaisses, l’argenterie lourde, les lambris chaleureux, les lustres scintillants, les effluves de cuisine enivrants et les vestes blanches du personnel impeccables comme leurs épaulettes dorées. Pas de doute, nous sommes bien dans une brasserie de luxe et chargée d’histoire… La grande gentillesse du personnel est à souligner et cela commence par l’accueil de Monsieur Luis, attentif à chaque détail. À table, Naji a veillé à ce que tout le dîner se passe bien de l’apéritif jusqu’au dessert, sans se départir un seul instant de son grand sourire.

Des entrées typiquement bruxelloises.

Miguel m’accompagne une fois encore et il a opté en entrée pour les Croquettes de volaille, sauce Madère (14,75 €). La présentation est simple, efficace et très appétissante. Deux superbes boules dorées ressemblant à d’énormes truffes trônent sur l’assiette frappée aux Armes de Bruxelles, à côté d’un petit poêlon en cuivre. Dans celui-ci, une savoureuse et corsée sauce au Madère. Pas trop du spiritueux cependant, pour ne pas tuer le parfum corsé du jus de volaille qui est manifestement la base de cette sauce onctueuse. Elle est lisse et brillante, ce qui donne envie d’y plonger une bouchée de croquette. Respectant son appellation, ça « croque » à souhait et la croûte, assez épaisse pour assurer une mâche agréable,  se brise dans un joli bruit… l’appareil est parfait. La volaille est réduite en très fins morceaux et il y en a ! On est loin des farces « parfumées à… » et ça fait plaisir. Tous les produits sont frais et cuisinés dans la maison. Le goût de la volaille reste subtil et la croûte ne le « tue » pas, malgré sa belle couleur. Ça croustille d’abord et fond ensuite dans la bouche, la sauce apportant la douceur qu’on en attend. Une belle réussite… Pour accompagner les plats signatures que nous avons choisis, soigneusement concoctés par le Chef Cédric Callenaere, nous décidons d’accompagner l’ensemble du repas d’un beau Pouilly-Fuissé 2016 de la Maison Joseph Drouhin (60 €).

Pour ma part, je ne pouvais en aucun cas rater le plat que Kevin Vanlancker en personne m’avait conseillé et j’ai donc goûté la fameuse Salade tiède de langues d’agneau et vinaigrette à l’échalote, encore un plat signature de la maison (15,50 €). Le fils de la maison avait bien raison : c’est une tuerie et j’aurais sincèrement regretté de ne pas y plonger ma fourchette ! Une fois de plus, le dressage est simple, mais élégant. Les langues finement émincées se font discrètes sous une épaisse et très crémeuse vinaigrette à l’échalote et à la ciboulette fraîche… Attention, l’assiette est très généreuse. Le vinaigre ne prend pas la bouche, mais on le sent clairement sur les papilles et il donne à cette entrée un côté très frais malgré la douce tiédeur de l’ensemble. La cuisson des petites langues est parfaite et elles sont tendres à souhait. Un peu de salade accompagne tout cela et l’équilibre des saveurs est impeccable. C’est encore un bel exemple de recette de brasserie, qui plus est typiquement bruxelloise !

Nous avons misé sur les poissons : sole et turbot…

Pour une fois, Miguel a boudé les viandes rouges dont il est friand et porté son choix sur un superbe Turbot grillé sur l’arête, beurre Maître d’hôtel (48,50 €). Je me répète, mais pour les amateurs de belles brasseries il est important de ne pas voir sur la table des dressages trop compliqués et délicats… C’est à nouveau simple, efficace, coloré et l’assiette donne envie dès sa présentation. La pièce de turbot est de très belle taille, comme l’ensemble d’ailleurs. Verdure et tomate apportent la petite touche de couleur qui font qu’un plat est agréable à l’œil, tout comme le joli marquage de la grillade sur la peau du poisson. La saveur grillée est puissante, mais ne supplante pas celle du turbot dont la cuisson est évidemment impeccablement réussie. Le Chef Cédric Callenaere sait y faire ! La chair nacrée se détache rien qu’au regard et elle fond littéralement en bouche. Le beurre Maître d’hôtel est frais et fait maison évidemment, équilibré entre l’ail et les fines herbes. Le beurre est frais, savoureux et son délicat goût fermier persiste au-delà de l’assaisonnement pourtant corsé. C’est tout ce qu’on attend.

Fidèle à mon amour pour les soles, j’avais bien entendu jeté mon dévolu sur un autre plat signature des Armes de Bruxelles : les filets de Sole de la mer du Nord maison, mais une étrange confusion de commande m’a amené une Sole de la mer du Nord Bonne Femme (38,50 €)… dans une version que même le chef ne connaissait pas. Je vous narre la mésaventure car je n’ai pas l’habitude de vous raconter des bobards. J’ai aujourd’hui même parlé avec le chef et nous en avons plutôt ri. Ceci étant dit, je n’ai pas eu beaucoup de regrets, mis à part celui de l’absence des fruits de mer et du homard dans la garniture. Le poisson était ici servi entier et recouvert d’une généreuse couche de fromage fondu gratiné, accompagné de petits champignons, d’une sauce au vin blanc savoureuse et veloutée, le tout parsemé de fines herbes… L’ensemble était un peu trop consistant pour mon petit appétit, mais les goûts étaient au rendez-vous, tout comme une cuisson parfaite de la sole, dont la chair se détachait avec une facilité déconcertante de l’arête centrale.

Le mystère demeurera entier quant à savoir comment et pourquoi une couche de fromage gratiné s’est retrouvée sur mon poisson, mais je vous mets tout de même ici en illustration la vraie version, telle que vous la dégusterez si vous commandez la véritable Sole Bonne femme. Légèreté assurée sans le gratiné… Je devrai donc essayer mes filets lors d’un prochain passage car je suis bien décidé à vous présenter cette recette emblématique des Armes, que je veux vous faire absolument vous faire découvrir, ainsi que son accompagnement qui font saliver rien qu’à la lecture de l’intitulé ! Tout comme celui de Miguel, mon plat était bien sûr accompagné de superbes frites fraîches, incontournables, croustillantes, fondantes et délicieuses… Comment imaginer qu’elles soient absentes de la table d’une grande brasserie bruxelloise, qui plus est quasi centenaire ?

Des desserts belgo-belges… un feu d’artifices de souvenirs d’enfance !

Pas de doute, on est bien à Bruxelles ! D’ailleurs, nulle part ailleurs au monde on ne trouverait à la carte une Crème Brûlée aux Cuberdons (9,50 €)… Pour ceux qui ne connaissent pas cette merveille de douceur bien de chez nous, le cuberdon est une friandise en forme de cône, dont le nom vient de « cul de bourdon ». L’extérieur est fait de gomme arabique violette quasi solide et l’intérieur est une gélatine à base de framboise. Aujourd’hui on en trouve de toutes les saveurs et couleurs, mais le violet est le seul traditionnel et original. La crème brûlée arrive encore en flammes sur la table et elle dégage des effluves de cuberdons qui replongeraient n’importe quel belge en enfance ! C’est notre équivalent de la Madeleine de Proust… La croûte du dessert est craquante et il faut un coup de cuiller sec pour la briser. La texture de l’appareil est un peu plus liquide que celle d’une crème brûlée classique, mais c’est la saveur du cuberdon qui en fait toute la magie !

Et enfin, nous n’avons pas résisté à l’envie de goûter à la célèbre Crêpe Comédie Française flambée en salle, Mandarine Napoléon, glace vanille (12,25 €). À elle toute seule elle est un spectacle, puisqu’elle est préparée devant tous les clients. Je vous assure que le « oh » et les « ah » fusent de tous côtés, au moment où s’élèvent des flammes de près de deux mètres de haut qui lèchent le plafond. Ce soir-là, Dimitri était au flambage et il a eu un sacré succès ! Les saveurs de la crêpe maison, de la liqueur parfumée à l’orange qu’on retrouve aussi en zestes sur ce beau dessert, sont une explosion de saveurs sucrées tandis que l’alcool perd beaucoup de son goût prononcé au flambage, pour ne laisser qu’un agréable parfum orangé… Une belle clôture pour ce dîner qui m’aura permis de retrouver les Armes dans leurs plus beaux atours et à nouveau parées aussi de tous ses atouts !

Pour conclure et comme à mon habitude, j’ai fini par un expresso parfait et bien serré, ainsi qu’un Irish Coffee très bien réalisé, qui a ponctué cet excellent dîner. Les Armes de Bruxelles ont rouvert leurs portes depuis à peine deux semaines et il est déjà impératif de réserver au moins un jour à l’avance ! C’est entièrement mérité et les Vanlancker semblent sur la voie royale pour rendre définitivement ses lettres de noblesse à cette vénérable institution située juste en face de Chez Léon, ce qui facilite sûrement leurs déplacements. Après une triste période, voilà une maison prestigieuse qui retrouve le brouhaha d’une clientèle bavarde et joyeuse, les bruits de vaisselle et du service, la chaleur d’une ambiance toute bruxelloise et le plaisir manifeste d’un personnel heureux de reprendre le travail. Allez y donc faire un tour, vous ne le regretterez pas… Soit vous la découvrirez, soit vous la retrouverez plus flamboyante que jamais ! Vous pouvez désormais découvrir aussi la salle Brasserie, moins classique que la Rotonde et fort chaleureuse… une autre manière de découvrir « Les Armes ».

Notation : 4 Marcus
(1 = moyen – 2 = correct – 3 = Table de qualité – 4 = table de grande qualité – 5 = Table d’exception).

Site officiel : www.auxarmesdebruxelles.com

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Le Passage : une des toutes meilleures tables de Bruxelles, qui tutoie la perfection.

Il y a de vrais moments de grâce gastronomique, dont on se régale autant moralement que gustativement. Ce fut le cas dans ce restaurant, magnifique à tous égards, de la salle à l’assiette en passant par le personnel. Certains l’oublient, mais c’est aussi une équipe qui fait d’un dîner un moment parfait et on ne cite que rarement les membres d’un personnel impeccable. Avant donc de parler du Chef Renaud et de son éblouissante cuisine, je tiens à remercier Maxime, Maurizio, Fabrice et Océane, dont les sourires et la compétence ont largement contribué à faire de ce dîner un de ces moments si précieux. Pour le reste, on est ici dans une Maison où le chef d’orchestre chatouille les étoiles, les vraies.

En apéritif, le très compétent et souriant Maurizio (dont nous découvrirons les audaces plus tard) nous surprend d’emblée avec une coupe de champagne Autréau brut, qui nous met une petite claque. Très frais, il révèle des arômes de fruits et une légère acidité qui vient nous titiller les papilles, nous souhaitant bon appétit avec presque de l’humour. Notre sommelier, voyant que nos choix à la carte étaient faits, nous demande si nous lui faisons confiance pour un vin blanc que nous désirons afin d’accompagner l’ensemble du repas. Facétieux et savourant à l’avance son triomphe, il nous présente une bouteille de Monte del Frà, Cà del Magro 2014 (36 €). C’est un surprenant et digne représentant de son appellation contrôlée italienne Custoza. Dès la première gorgée, il nous donne une véritable pichenette pleine d’agrumes, pour la plus grande satisfaction de Maurizio devant notre air étonné. Mais la flûte de champagne nous tend les bras en attendant et pour l’accompagner, un délice noir vient se poser discrètement sur notre table. C’est un petit cake aux olives et à la truite fumée, qui nous déclare l’amour de l’endroit pour les belles et bonnes choses… Nous sommes déjà certains que ce repas sera une symphonie de saveurs !

L’allegro des amuse-bouche… Si le chant des sirènes ressemble à ça, je plonge !

Serge, qui m’accompagne ce soir-là et que vous découvrirez prochainement au travers des méthodes de bien-être qu’il pratique, semble autant sur un petit nuage de volupté que moi, dans cette salle élégante et feutrée. L’allegro des mises en bouche débute avec un subtil et coloré carpaccio de cabillaud au jus de betteraves rouges, huile de noisettes et copeaux de pecorino, que relèvent judicieusement deux pointes de roquette et quelques croûtons dorés. Ca frémit en bouche, c’est rafraîchissant… c’est moelleux et croustillant en même temps… Que dire de plus, si ce n’est « encore » ?

Et nous sommes exaucés, puisqu’en avant-première nous avons le privilège de découvrir un aperçu d’une entrée qui sera à la carte dès cette semaine : une surprenante quenelle de brochet et sa sauce Nantua. Tout bonnement le « petit Jésus en culotte de velours », comme disait ma grand-mère ! C’est fin et corsé, c’est lié et aérien, légèrement mousseux… gageons que c’est une entrée qui aura du succès. En tout cas, elle me rappelle les parties de pèche aux écrevisses le long des canaux de la région tournaisienne et les souvenirs d’enfance, ça fait toujours chaud au cœur…

L’andante des entrées… Nous sommes toujours dans la musique des anges.

Serge a choisi le très beau Millefeuille au Tartare de Thon, aigrelette d’agrumes, salade Fregola Sarda (petites billes de pâte roulée, venant de Sardaigne) à 24 €. Non seulement c’est magnifique (nous avons perdu du temps pour faire la photo et le millefeuille était à l’origine parfaitement droit – NDLR), mais le croustillant chante lui aussi et les feuilles de brik sont cuites d’une manière qui m’a été dévoilée, mais que je ne trahirai pas. Sachez juste que c’est étonnant… Le thon lui, est coupé dans les règles de l’art, ni trop fin ni trop épais et quelques perles de citron yuzu viennent redonner un petit coup de fouet à l’ensemble. L’équilibre est parfait et la quenelle de caviar Avruga apporte une petite note iodée et douce. C’est une œuvre d’art…

Pour ma part et en grand amateur de foie gras, je n’ai pu m’empêcher de céder à la Terrine de Foie Gras de Canard maison (28 €). Non seulement mon assiette est magnifiquement graphique mais en plus, la portion est franchement généreuse. Le Chef Renaud me l’a confirmé, j’ai la balance dans l’œil… 60 grammes ! Je ne suis pas très amateur de chutney, parce que je les trouve souvent très sucrés. J’aime trop le foie gras et le caractère puissant du canard, pour le marier à des saveurs trop douces qui à mon sens le déséquilibrent. Pas de toast brioché pour moi donc, mais pourtant je me délecte purement et simplement du chutney de poires au safran… une première ! Cette terrine est tellement réussie que j’avoue l’avoir dégustée sans le moindre morceau de pain frais, ce que j’adore en général. C’est généreux et parfait, ce qui n’est pas si courant.

Les grosses pièces sont le menuet de notre symphonie…

Les ris de veau… ce n’est pas toujours facile quand on n’a jamais goûté, mais personnellement j’en suis très friand, même si j’ai déjà vécu quelques déceptions. Je prendrai donc les Escalopines croustillantes de Ris de Veau aux morilles (38 €). Légèrement croustillantes elles le sont et c’est une promesse tenue. L’intérieur est tendre à souhait, cela fond en bouche. Les morilles sont cuites avec justesse et ne rendent pas une goutte d’eau, leur jus corsé est épatant. On devine le vin jaune dans la réduction et un soupçon de Cherry vient raviver le tout, c’est encore une fois d’une justesse absolue et les pommes Dauphines sont du même acabit. Si je devais faire une toute petite remarque, ce serait sur le dressage des plats principaux qui est un léger cran au-dessous de la perfection graphique des mises en bouche et des entrées. Mais gustativement la symphonie se poursuit avec la même musicalité !

Serge lui, a décidé de goûter au Blanc de Turbotin et crevettes grises de nos côtes, Wok de légumes frais et Mousseline au Riesling (33 €). La cuisson du poisson n’est même pas à relever tant elle est réussie et les légumes sont légèrement croquants, sans être durs sous la dent. Une saveur nous intrigue, qui vient souligner le plat, subtilement mais avec caractère… nous saurons plus tard qu’il s’agit de noisettes « fleur de Cazette », venant tout droit de Bourgogne. Un petit cube rouge nous étonne aussi et c’est un cromesquis de crevettes grises de nos côtes, pané au paprika et tandoori masala (disponible en entrée dans sa version aux couleurs nationales – noir, jaune, rouge – si vous y ajoutez celle à l’encre de seiche et la jaune classique). Rien à dire sur la purée fine et goûteuse, ni sur le parfait miel de tomates qui apporte une petite douceur légèrement acidulée. Encore une fois l’ensemble chante à la perfection, aucune fausse note.

Le rondeau final prend la forme d’une dame blanche déstructurée.

Serge, grand amoureux du sucré, a fondu pour une Dame Blanche (11,50 €). Évidemment, elle n’arrive pas dans une coupelle en verre et surmontée de crème fraiche à la bombe… C’est un très élégant dessert et la Dame se retrouve déshabillée, déstructurée, mais parée de sa vanille de Tahiti. La Chantilly est veloutée à souhait et le chocolat chaud est pur et corsé, comme l’aiment tous les belges. Le biscuit au chocolat et noisettes apporte la petite touche de croquant qu’on attend de chaque dessert… à nouveau on tutoie le parfait, tout en restant dans la simplicité et c’est aussi cela qui fait un grand chef !

En fin de soirée et avant de quitter les lieux, nous tenons à saluer ceux qui ont contribué au plaisir de ce moment. Maurizio nous a régalé de ses vins et de son sourire. Tout aussi souriant et assez coquin, Maxime nous a principalement servi avec élégance et efficacité, parfaitement aidé de Fabrice qui, en prenant les commandes a prouvé toute sa connaissance de la carte. Quant à Océane, elle nous a apporté la petite touche de féminité et de douceur que demande une maison de ce niveau. Bravo à eux et merci.

Mais je ne peux conclure sans évoquer le Chef Rocky Renaud. Il a un talent immense et en discutant avec lui, comme il le fait avec chaque convive qui le réclame d’ailleurs, on ressent toute sa passion pour son métier. J’ose à peine évoquer la toute récente perte de son étoile, après 17 ans de firmament… tant c’est honteux et incompréhensible. Et on le voit aussi triste de cette décision, surtout qu’il n’a pas reçu la moindre justification. Alors, messieurs du Guide Michelin… si vous donnez et enlevez à loisirs ces étoiles dont vous êtes si fiers, la moindre des choses serait de donner une explication à un chef (portant tout de même la veste des Maîtres Cuisiniers de Belgique) qui lui aussi, je vous le rappelle humblement, fait votre réputation et donc votre salaire. N’oubliez pas qu’en enlevant ce symbole à une Maison, vous risquez aussi de priver des gens de leur travail… espérons donc que vous ayez conscience de cela. Le Chef Renaud mérite largement que vous lui rendiez très vite la sienne, pour rattraper cette faute de jugement, au regard d’autres tables qui gardent les leurs… pourtant pas toujours convaincantes. De notre côté, à l’exception de la toute petite faiblesse de dressage des plats principaux, nous avons fait un voyage aux confins de la perfection et nous l’assumons ! Je me suis permis de vous écrire à ce propos et j’espère sincèrement que d’autres convives, qui auront aussi vécu un moment d’exception au Passage, feront de même, juste pour vous rappeler que nous faisons tous le succès d’une maison… mais un chef ne perd pas son talent subitement, après 17 ans de reconnaissance. Puissiez-vous vous réveiller rapidement…

Notation : 5 Marcus
(1 = moyen – 2 = correct – 3 = Table de qualité – 4 = table de grande qualité – 5 = Table d’exception).

Site officiel : www.lepassage.be

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L’élégance de l’Orchidée Blanche, une référence vietnamienne…

Dans le très vivant quartier universitaire d’Ixelles, les restaurants ne manquent pas et parmi eux, on compte celui que Gault et Millau : l’Orchidée Blanche a été élu en 2015 « Meilleur restaurant Asiatique de Belgique – Luxembourg ». La façade est très discrète, pas clinquante. Une fois la porte passée, j’ai été ébahi de me retrouver dans une petite salle très harmonieusement décorée, Zen et toute en matières nobles… avec une seule tête de Bouddha sculptée et magnifique. Côté table… le temps de m’asseoir et les surprises ont commencé, toutes belles. La vôtre sera peut-être d’y être invité(e) pour deux, à l’occasion de notre grand concours « À la Saint Valentin, vous allez déguster » ! Restez donc très attentifs ces prochains jours.

Le sourire de Linh est un véritable rayon de soleil et nous accueille avec chaleur. Une fois installés, elle nous offre un joli cocktail coloré, surmonté évidemment d’une orchidée fraîche. Cette attention florale ne manquera sur aucun des mets qui nous serons servis ce soir et je suis vraiment étonné par la douceur de la décoration sobre, à mille lieues des habituels plâtres asiatiques surchargés de rouge et d’or.

Dès l’entrée, nous savons que chaque étape du dîner sera un vrai plaisir.

Très amateur de cuisine asiatique (j’ai rarement aussi bien mangé qu’en Chine, au Japon ou à Taiwan), je crains souvent une « européanisation » exagérée qui s’éloigne trop des saveurs originales que j’ai découvertes là-bas. Je serai heureusement surpris dès le potage Wan-Tan (8 €) que j’ai choisi. Farid de son côté a opté pour des rouleaux de printemps (8 €). Ils sont dodus et regorgent de belles demi crevettes (non surgelées), d’émincé de porc savoureux et fin, de salade et de menthe fraîche. La feuille de riz qui les enrobe est mince et parfaite, pas le moindre trou, on dirait des petites ballottines. Ils sont simplement déposés sur une feuille de bananier, accompagnés d’un peu de persil frais et… d’une orchidée. Ils invitent juste à les attraper entre les doigts et à les déguster… C’est exactement ce que fait mon invité, manifestement avec délectation. Il apprécie particulièrement la sauce aigre-douce et légèrement pimentée qui l’accompagne.

Mais revenons à mon potage… je suis pointu sur cette soupe traditionnelle aux raviolis, que j’affectionne particulièrement. Il n’est pas inhabituel de s’en voir servir d’insipides qu’on a sur-assaisonnés et dans lesquels on a plongé trois vagues petites boulettes, enrobées d’une triste pâte. Heureusement rien de tout cela ! Je découvre un bol fumant et cinq superbes Wan-Tan, parfaitement parés, surmontés d’herbes finement coupées et d’oignons frits. Mes narines frémissent et retrouvent cette fameuse épice que j’ai goûtée si souvent en Asie et dont je n’ai jamais pu arracher le nom à un chef… c’est cette saveur qui fait tout le potage aux raviolis ! Ces derniers sont évidemment maison, leur mélange est finement haché et composé de viande de porc très bien assaisonnée, parfumée et relevée, sans être piquante. Un bel équilibre.

Il y a « bouchées vapeur » et « Bouchées Vapeur » …

Ces petits délices savamment cuits à la vapeur s’appellent Dim Sum et j’en suis complètement gaga. A Pékin, il m’arrivait d’en déguster une bonne vingtaine au… petit-déjeuner et je n’exagère pas ! Je choisis une assiette mixte, pour en goûter de différents (10 €). Six magnifiques petites bouchées fumantes me sont présentées sur un lit de soja à peine cuit et croquant. Elles sont parfumées de quelques herbes fraîches, d’oignons croustillants et habillées d’une pâte brillante. Les farces sont un mélange de viande de porc finement ciselée, mais aussi de scampis et leur saveur est délicate. Un élégant bol de sauce m’est proposé, avec un mélange de Hoi Sin (sauce brune et épaisse, très sucrée), de cacahuètes et quelques autres éléments que la ravissante Linh refuse de me dévoiler, avec un grand sourire quand même. L’ensemble est un régal…

On dirait que les nouilles sautées ont envie de danser !

Les nouilles sautées sont évidemment à la carte (16 €) et c’est ce que choisit mon invité, version légumes variés et scampis. A voir son sourire lorsqu’on pose devant lui son assiette, je devine qu’il n’a (comme moi d’ailleurs) pas l’habitude de les voir si généreusement servies. Les couleurs sont vives, les légumes légèrement croquants et les scampis (en quantité généreuse) sont cuits à la perfection, nacrés et fermes. Et comme Farid a des habitudes parfois étonnantes, il commande une portion de riz blanc (3 €) dont il accompagne toujours ses nouilles. Linh et moi échangeons un sourire… à chacun ses goûts. Une sauce épicée lui est proposée en accompagnement et semble le ravir. Ses nouilles sont tellement parfumées que je les sens également et j’ai bien envie d’y plonger une fourchette gourmande et voleuse. Je vole donc… et je ne regrette pas du tout mon larcin !

Un canard laqué parfaitement cuit… une des plus belles surprises de ce dîner.

Le canard laqué accompagné de petites crêpes (16,50 €) est vraiment un de mes pêchers mignons, je l’avoue bien volontiers et sur la carte il m’a tout de suite fait de l’œil. Trop souvent (en Europe) je dois y renoncer, car il y est servi beaucoup trop cuit et sec. De Paris à Londres en passant par Munich, j’ai souvent été très déçu. Eh bien ce ne sera pas le cas ce soir, comme les quelques rares fois où j’ai eu ce plaisir ! Je ne le bouderai donc pas et j’entame avec enthousiasme ce plat que je connais bien et que je n’apprécie à sa juste valeur que trop rarement. La peau est croustillante à souhait, la chair quasi rosée (je ne m’explique pas ce miracle, mais il est bien réel) … C’est copieux et, comme je ne suis pas un ogre, je me contente de déguster ce canard très tendre, sans même m’encombrer des fines crêpes, que j’ai goûtées toutefois et qui sont délicieuses. Les oignons jeunes finement ciselés comblent tout de même mes papilles, pour certaines bouchées. La viande est si réussie et généreuse que je m’en délecte avec gourmandise !

En conclusion de ce dîner plus qu’agréable et accompagné d’un non moins impeccable Sancerre Terre de Maimbray 2014, je me prive pour une fois de dessert car il n’est vraiment pas indispensable et que je désire rester sur mes saveurs asiatiques. L’Orchidée Blanche m’a fait voyager vers une région du monde qui est chère à mon cœur et que j’ai pu rejoindre l’espace d’une soirée, grâce à des plats classiques et parfaitement exécutés. La soirée se termine par un Irish Coffee incongru dans la maison sans doute, mais très réussi et une agréable conversation avec la directrice, l’élégante Madame Tuhy. L’endroit peut clairement revendiquer le titre que Gault et Millau lui a attribué en 2015 : meilleur restaurant asiatique de Belgique – Luxembourg. C’est entièrement mérité !

Notation : 4 Marcus
(1 = moyen – 2 = correct – 3 = Table de qualité – 4 = table de grande qualité – 5 = Table d’exception).

Site officiel : www.orchidee-blanche.com

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Poivre Noir à Braine-l’Alleud : on cherche toujours le bémol !

J’avais eu l’occasion de croiser le chemin de Jean-Louis Marchal (le Chef) et de Christelle Scieur (Madame, la Cheffe de Salle), au gala des Delta Gastronomy Awards. La rencontre avait été très agréable et depuis, à force de voir de belles images sur Facebook, j’avais très envie d’aller m’asseoir à leur table ! C’est désormais chose faite. Accompagné de Miguel et Anaïs, qui me secondent souvent dans mes découvertes, je me suis rendu à Braine l’Alleud le week-end dernier. Nichée au cœur du Brabant Wallon, voici une très belle table gastronomique (cela nous en fait deux avec celle de nos amis Benoît et Claire au Rêve Richelle – Waterloo), où le rapport qualité prix est impeccable. Mais c’est plutôt le rapport prix-plaisir que j’ai envie de mettre en avant car les sens y sont en fête ! Depuis la décoration chaleureuse où le poivre a toute sa place, jusqu’aux mélanges intelligents de saveurs et au sourire de la maîtresse des lieux, tout n’est que plaisir. On n’est pas dans le démonstratif, mais bien dans le qualitatif et le talent comme la modestie du Chef sont réels. Une belle adresse, quoi…

Encore un couple diront certains… Et si justement, c’était ça qui faisait la force des restaurants dirigés par un tandem amoureux ? Nous en avons déjà eu de beaux exemples et je pense entre autres au Pottok, au Rêve Richelle et à quelques autres. En tout cas, un couple « tire » souvent dans le même sens et on ressent sa passion commune dans l’identité d’une maison. Ce ne doit pas être facile tous les jours de travailler ensemble non-stop, mais il faut écouter ce que dit Jean-Louis de Christelle en fin de vidéo pour comprendre toute l’effet positif que l’amour tout court peut avoir sur celui d’une profession. Poivre Noir est une table gastronomique, mais tout y est dans la simplicité… et dans le plus beau sens du terme : rien d’extravagant qui cacherait des faiblesses, pas de noms de plats ronflants mais qui vous endorment, de beaux dressages mais sans excès pseudo artistiques, le respect (et la maîtrise) des classiques, avec une subtile touche de modernité et de supplément d’âme.

Dès l’amuse-bouche les saveurs entrent en scène.

Pour nous mettre en appétit et titiller une première fois nos papilles, le Chef joue la carte du terroir avec un Effiloché de jambon cuit à l’os, glace à la betterave tournée minute, condiment pickles de Daikon, cornichon aigre-doux et vinaigrette à l’estragon. Le Daikon est un radis blanc qu’on peut consommer de diverses manières (cru, cuit, mariné…). Il est très utilisé au Japon et on en trouve parfois en épicerie fine chez nous. C’est un classique de la cuisine asiatique et Jean-Louis Marchal l’a ici subtilement marié à des saveurs bien de chez nous. Le jambon à l’os est moelleux, savoureux et arrive à se frayer un chemin vers le palais malgré la puissance de la délicieuse glace à la betterave rouge. Ces deux produits apportent un côté « terre » à l’ensemble, qui s’équilibre parfaitement. Les pickles de Daikon et le cornichon donnent une petite touche douce et acide qui claque un coup de peps, adouci à son tour par l’estragon en touche finale. C’est très prometteur ! En apéritif, une petite coupe bien belge de Cuvée Ruffus à 9,50 €.

Le foie gras s’acoquine avec un pain perdu.

Miguel a choisi (mais, c’est son péché mignon) le Foie gras poêlée sur pain perdu, jeunes pousses de salade. En fait, ce sont deux jolies escalopes dont la cuisson est évidemment parfaite (légèrement croustillantes et caramélisées juste aux sucs à l’extérieur, rosées à cœur). Le pain perdu rappelle de vraies saveurs de notre enfance à tous et se marie idéalement avec le foie gras de canard. Parfumé et savoureux, il demeure loin de la douceur trop sucrée des pains d’épices qu’on nous propose trop souvent. Personnellement, je savoure un foie gras avec un simple morceau de bon pain très frais, de préférence avec une belle croûte dorée et craquante. Cependant, pour ceux qui aiment l’accompagner d’une subtile touche de sucre, cette entrée avait tout pour plaire. Je ne pensais pas que la fraîcheur des jeune pousses serait à ce point agréable, c’était pour moi une première. Mon grand plaisir est de goûter à tout, privilège de celui qui écrit… Un délice !

Les crevettes s’encroûtent… à la japonaise !

Anaïs a jeté son dévolu sur d’étonnantes et séduisantes Crevettes argentines en chapelure japonaise et jeunes pousses aux saveurs d’Asie. Alors, là… on constate avec bonheur que le poissonnier est un vrai poissonnier et que tous les produits sont d’une fraîcheur absolue. D’ailleurs sur ce point, je ne suis pas au bout de mes surprises, vous le verrez. Le mariage Amérique du sud et pays du soleil levant est étonnant car on ne s’attend pas à cette petite chapelure japonisante, qui vient enrober une crevette à la chair ferme et impeccablement cuite. C’est aussi croquant que des chouchous sur une plage… Ça croustille à la perfection, c’est savoureux et on a vraiment le produit noble principal en bouche. Du coup, la panure n’est pas du tout là pour l’esbroufe comme c’est souvent le cas. Les jeunes pousses sont en salade et aussi en friture, ce qui apporte deux croquants différents, du rafraîchissement et de la surprise. Le tout est souligné par un peu de gingembre confit, d’algues wakame et de quelques graines de sésame blanc. L’ensemble est subtil et savoureux, une jolie réussite ! Côté verres, nous avons suivi les conseils de Christelle, avec un excellent Chablis Premier Cru « L’Homme Mort » la Chablisienne 2015 (55 €) et un Pinot Noir Bott-Geyl Bio 2016 (34 €).

Le maquereau d’une vie en carpaccio !

Alors ici… comment dire ? Je vous souhaite d’avoir la chance (voire le bonheur) que cette entrée soit à la carte le jour où vous découvrirez Poivre Noir. Je n’ai pas pour habitude d’utiliser des superlatifs faciles ni d’être dithyrambique sans raison, mais cette fois je ne vais pas y aller avec le dos de la cuiller : j’ai dégusté ici LE MAQUEREAU D’UNE VIE ! Et je pourrais quasi en rester là concernant ce poisson incroyable, que j’ai même demandé à rencontrer. Oui, j’aime tous les poissons, nos lecteurs habitués ne l’ignorent plus… et celui-ci était absolument parfait. J’ai eu l’impression d’avoir la mer en bouche dès la première bouchée. La chair était finement coupée au couteau, savoureuse et divinement relevée par la coriandre fraîche qui lui apportait un sourire presque divin, comme à moi. Un filet d’huile, le savoir-faire du chef pour équilibrer l’ensemble et je me suis retrouvé tout con, tombé amoureux d’un maquereau ! Je n’en rajouterai pas car il n’y a rien à dire de plus quand c’est aussi parfait et d’une simplicité absolue…

Solette, langoustine et champignon font la fiesta.

Anaïs avait décidé d’en rester aux produits de la mer après ses croustillantes crevettes… et a donc choisi les Solettes et leur sauce béarnaise à la langoustine, pommes grenailles et légumes de saison. Deux jolis poissons blondis au beurre, cuisson irréprochable et chair qui se détache rien qu’en la regardant… c’est déjà un réel plaisir (en version grande taille, les soles de Chez Léon à Bruxelles sont aussi une tuerie), mais quand un bon poisson est relevé par un beau crustacé, une sauce et des champignons, on nage dans le plaisir. Quelque chanterelles rappellent à la mer qu’avec la terre elle se marie très bien, une béarnaise montée au jus de langoustine relève l’assiette d’une saveur corsée originale crémeuse et enfin une demoiselle, à la queue cuite nacrée et ferme, vient serrer la pince aux solettes et c’est tout simplement savoureux ! Les pommes grenailles apportent la texture dont on pourrait craindre que le poisson ne manque… encore une fois, c’est équilibré et intelligent, tout comme la portion de salicornes fraîches qui viennent souligner tout ça d’une douce vague d’iode.

Le canard rougit de plaisir, jusqu’à la cuisse.

Pour Miguel ce sera aussi la continuité, puisqu’après le foie gras il poursuit avec un Canard sauvage en deux déclinaisons, son filet au poivre de Pondichéry et sa cuisse confite, gratin dauphinois, poêlée de champignons blonds de Paris, feuille de chou rave frit. On ne retrouve pas souvent le canard sauvage à la carte et c’est un réel plaisir de le voir arriver sur la table. L’assiette fait envie dès qu’on vous la met sous les yeux… Le jus corsé au poivre de Pondichéry est digne des sauces de grandes maisons, la cuisson du canard est parfaite, c’est tendre et goûteux. La cuisse confite nous épate parce que d’habitude c’est très sec et gras en même temps, alors qu’ici la cuisson a laissé une chair intacte, tendre et savoureuse sans provoquer en bouche une sensation grasse qu’on n’aime pas. Le moelleux du gratin dauphinois est épatant et nous fait donc échapper à une préparation qui est souvent trop sèche. L’assaisonnement est équilibré et cela aurait plu à mon grand-père Maître-Queux ! Cette assiette a rendu Miguel très heureux… Les champignons amènent une saveur terreuse qui va parfaitement avec la viande et la feuille frite de chou rave ponctue cette touche terroir avec caractère.

Les moules de Bouchot mettent le turbo(t)…

Comme Anaïs, j’ai décidé de rester sur les produits de la mer et jeté mon dévolu enthousiaste sur un succulent Turbot poêlé aux moules de Bouchot de la Baie du Mont Saint-Michel (AOP), mousseline au jus de moules, légumes de saison et pomme dauphine. Je m’attendais à me régaler et une fois de plus, j’ai eu la confirmation que Jean-Louis Marchal sait choisir à la fois son poissonnier et son poisson ! Est-il vraiment nécessaire de souligner encore la justesse des cuissons ? C’était impeccable, tant pour les moules (d’une saveur que je trouve assez rare pour des bébêtes française) que pour le turbot. J’aime ce poisson noble pour sa chair moelleuse, ici parfaitement relevée par la sauce mousseline montée au jus de moules, salée juste comme il faut. Le morceau est généreux et la taille de cette assiette a de quoi satisfaire les plus gourmands appétits. Cette générosité se retrouve ici dans tous les choix, de l’entrée au dessert ! Quelques haricots verts et mange-tout apportent un petit croquant bienvenu et l’ensemble de ces saveurs de mer, de terre et la petit pomme dauphine à la cuisson très réussie me comble d’aise. Je ne regrette pas mes choix très poissonneux de ce soir et reste sur une superbe impression… puisque, comme souvent je ne prendrai pas de dessert, pour finir sur mon traditionnel Irish Coffee (7,50 €).

Une crème brûlée presque classique, mais métissée.

Miguel n’a jamais rien eu contre une douceur pour terminer un bon dîner et il s’est laissé tenter par la Crème à la vanille de la Réunion, brûlée à la cassonade. Sur les bases d’un classique parmi les classiques, Jean-Louis Marchal colle une petite couche d’inventivité de son cru, mâtinée de belgitude grâce à la cassonade et de tropiques avec la vanille de la Réunion… C’est un réussite créative sous ses airs de rien, en plus d’être particulièrement bien réalisée. J’ai fait craquer la couche de sucre d’un coup sec de cuiller et la crème s’est révélée satinée et moelleuse. J’avoue sans vergogne que j’aurais bien avalé la moitié de ce dessert, pour ensuite faire de même avec les figues qui me faisaient sacrément de l’œil !

Des figues à vous faire rôtir de plaisir…

C’est souvent au dessert qu’on mesure le talent d’un chef, lorsqu’il n’a pas de second spécialisé en la matière… Et Poivre Noir cache ses cartes jusqu’à la fin du dîner, pour abattre un dernier atout qui vous laisse baba (sans rhum) ! Anaïs a eu l’excellente idée de choisir les sublimes Figues rôties et leur glace au romarin tournée minute sur biscuit d’amandes… une tuerie, je n’ai pas d’autre mot. Les fruits sont moins cuits qu’une compotée, encore fermes mais tendres à souhaits. Le biscuit maison est savoureux et l’amande vous titille les papilles à la première bouchée, tandis que la glace au romarin est d’une subtilité étonnante. Avec la puissance de cet aromate qu’on trouve plus qu’à son tour dans les cuisines provençale et italienne, je craignais un peu qu’elle prenne le dessus. Mais, une fois de plus, le chef prouve tout son talent d’équilibriste des arômes. Comme un funambule il se balade sur le fil des saveurs, toujours tendu jusqu’à vous amener aux plaisirs aussi simples que complexes de la (très) bonne cuisine. Ce dessert est digne des grandes tables…

En résumé, la découverte de Poivre Noir est une des superbes trouvailles de cette année ! Jean-Louis Marchal et son épouse Christelle Scieur sont à la tête d’une table réellement gastronomique, toute en classe et en simplicité. Le Chef, bien que modeste en diable, a un sacré talent et est capable aussi bien de se faufiler dans les méandres des recettes les plus classiques que de composer ses propres partitions, modernes et inventives. Cela donne à un dîner le rythme qu’on attend d’une maison digne de ce nom et si nous lui accordons 5 clics, donc la note parfaite, ce n’est pas parce qu’elle l’est (tout est perfectible) ou qu’on y asse une soirée comme dans un trois étoiles Michelin et… justement ! Vous passerez ici un moment de bonheur gustatif autant que vous serez reçu avec gentillesse et surtout compétence. Les entrées étaient toutes à 18 € (hors supplément éventuel) et les plats à 28 € (hors supplément). Enfin, les desserts s’affichent tous à 10 €. Je vous livre un petit secret, mais ne me trahissez pas… Le Chef vous offrira toujours un petit amuse-bouche à sa façon. Quant aux conseils de Christelle, ils fleurent bon la passion et la maîtrise totale de sa carte comme de sa cave. Le lien entre elle en salle et son chef de mari en cuisine est tendu comme une corde de violon… et cela fait une sacrée belle musique ! En un mot comme en cent : n’attendez plus. Poivre Noir sera pour vous aussi une belle découverte, je vous le garantis !

Notation : 4 Marcus
(1 = moyen – 2 = correct – 3 = Table de qualité – 4 = table de grande qualité – 5 = Table d’exception).

Site officiel : www.poivrenoir.be

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Exclusivité : visitez le chantier des Armes de Bruxelles ! Interviews…

Je vous raconte régulièrement les aventures de la famille Vanlancker… Et c’en est une, que la réfection totale d’une des plus légendaires tables de la capitale belge : les Armes de Bruxelles ! Propriétaire de Chez Léon, non moins célèbre depuis 125 ans, cette famille d’entrepreneurs marque depuis déjà bien longtemps la vie de l’Ilot Sacré. Ce petit quartier typique qui jouxte la Grand-Place a déjà beaucoup évolué grâce aux efforts de la famille, mais aussi de quelques autres passionnés. Fini les serveurs qui vous interpellent à la va-vite, la saleté des rues, les terrasses qui vous empêchent de passer… On s’y sent de nouveau bien et ce sera encore mieux dans quelques semaines. Les amoureux de brasseries historiques seront heureux de retrouver une des plus anciennes et prestigieuses tables de la capitale. On a bien dit brasserie et pas étoilé… mais, outre les produits frais qu’on connaît déjà chez Léon, ce sera surtout l’ambiance, les vestes blanches à épaulettes dorées, les boiseries, les marbres, que les passionnés seront ravis de voir renaître !

Préouverture en septembre et grande fête en octobre…

En exclusivité, Clic Infos a pu visiter le chantier, à quatre semaines de l’ouverture « technique » prévue à la mi-septembre. Le 11 octobre, il y a fort à parier que c’est le Tout Bruxelles qui se bousculera pour être de la partie… À voir l’état du chantier, on pourrait croire que rien ne sera fini aussi rapidement. Que nenni ! Benjamin Javaux et Kevin Vanlancker sont rassurants : tout sera terminé. Il a fallu investir beaucoup d’argent et d’énergie, faire travailler de nombreux artisans, pour que les Armes retrouvent tout leur lustre d’antan. Comme le rappelle Kevin VL, le personnel est dans les starting blocks et impatient de voir les portes rouvrir au public. Les amateurs de brasseries de luxe sont également fort pressés de les franchir. Les rumeurs n’ont cessé de courir au cours des dernières semaines… faisons donc taire les bruits de couloir : nous vous emmenons visiter le chantier et vous pourrez vous faire une idée. Si vous avez connu les Armes « d’avant », vous serez comme de nombreux Brusseleirs et y réveillerez sans doute de très jolis souvenirs… Plus que quelques semaines à dormir ! Bien sûr, Clic Infos vous fera vivre la grande réouverture (peut-être même en direct)

Suivez l’évolution des Armes de Bruxelles sur sa page Facebook :  www.facebook.com/AuxArmesdeBXL  

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